PhD
Project 
La massification
de l’enseignement secondaire et supérieur
est une tendance lourde dans toutes les sociétés
capitalistes développées. Néanmoins,
cette augmentation quantitative du niveau général
d’éducation n’est pas allée
de pair avec une réduction sensible des inégalités
des chances éducatives. L’existence
et l’ampleur de ces inégalités,
fondées sur la classe sociale, le genre ou
l’origine ethnique, ont été maintes
fois démontrées.
Dans
l’analyse des inégalités sociales
d'éducation, la distinction introduite
par Boudon (1973) entre « effets primaires » et « effets
secondaires » s’avère heuristique.
Les effets primaires s’expriment dans le lien
qui existe entre le milieu d’origine des élèves
et leur niveau de performance académique. Les
effets secondaires correspondent aux inégalités
de carrières scolaires qui ne sont pas expliquées
par les différences de niveaux de performances
académiques. Il est en effet établi qu’à niveau
scolaire identique, les enfants de milieux favorisés
sont plus souvent orientés vers les filières
les plus prestigieuses qui mènent aux études
les plus longues.
Cette
distinction a eu une certaine influence dans le champ
de la sociologie de la stratification et de
la mobilité sociale, mais est resté peu
utilisée en sociologie de l’éducation,
en particulier en France. Mais même quand elle
l’a été, certaines questions sont
demeurées en suspens. Premièrement,
du fait de la prégnance de l’idéologie
républicaine en France, l’étude
des inégalités de niveau éducatif
sur une base ethnique y a été très
peu abordée, en particulier à cause du
manque de données adéquates. Deuxièmement,
jusque très récemment, aucune méthode
statistique n’a permis de mesurer précisément
l’importance relative des effets primaires et
secondaires dans la production des inégalités éducatives.
Enfin, les effets secondaires ont trop automatiquement été associés à la
théorie des choix rationnels, sans que les processus
qualitatifs qui les sous-tendent n’aient été finement étudiés.
L’objectif de ma thèse est de tenter d’apporter
des réponses à ces interrogations en
comparant les situations française et britannique.
Pour ce faire, j’utilise des bases de données
longitudinales comparables dans les deux pays et met à profit
des méthodes statistiques nouvelles (Erikson,
et al. 2005 ; Fairlie, 2005) pour calculer précisément
l’importance relative des effets primaires et
secondaires dans la création des inégalités éducatives.
Même si les inégalités de classe
et de genre seront bien sûr considérées,
ce sont les inégalités ethnoculturelles
qui sont au centre de ma thèse. Il s’agira également
d’étudier qualitativement les mécanismes
par lesquels les effets secondaires opèrent.
Des entretiens approfondis avec des membres de familles
immigrées de différentes minorités
ethnoculturelles permettront d’analyser les processus
par lesquels les aspirations scolaires et professionnelles
des parents et des enfants et, plus généralement,
leur rapport à l’école et à la
société s’actualisent dans des
choix éducatifs concrets. Ce faisant, j’examinerai
si les explications en termes de choix rationnel suffisent à rendre
compte des effets secondaires ou si la prise en compte
de différences socioculturelles en termes de
valeurs est également nécessaire.
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