La chasse, en
tant qu’elle agit comme le catalyseur de multiples
conflits et cristallise en son sein des enjeux dépassant
largement ses frontières, est un objet fécond.
Son étude est ainsi susceptible d’apporter
un éclairage nouveau tant sur certaines dynamiques
socio-spatiales à l’œuvre au sein
du monde rural que sur différentes évolutions
idéologiques et leurs modes de diffusion.
Souhaitant mettre en relation la pratique cynégétique
avec les transformations de la « société englobante »,
il s’agira pour nous de tenter d’appréhender
les significations que la chasse recouvre pour les
chasseurs et les logiques qui les sous-tendent. Les
fonctions expressives de la pratique peuvent être
analysées comme lieux de manifestation de valeurs,
et sont en tant que telles susceptibles de nous aider à appréhender
le changement social.
Nous avions pu montrer au cours du travail de recherche
réalisé en Master2 que la chasse traverse
une phase difficile, phase construite et vécue
par les acteurs cynégétiques eux-mêmes
comme étant à la fois périlleuse
et décisive. Le projet que nous entendons
mener s’inscrit pour partie dans la continuité de
cette première enquête. Cependant tenter
de comprendre ce qui pour les chasseurs est en jeu
dans leur pratique nous a conduit à dégager
de nouveaux axes de recherche :
• Afin d’appréhender avec davantage de
finesse les changements idéologiques et d’analyser
les mécanismes qui participent à la
réforme de la pratique, nous interrogeons
la manière dont la chasse se transmet de générations
en générations. Quelles sont les modalités
de cette transmission ? Quelle signification revêt-elle
pour les différentes personnes impliquées?
• Faisant nôtre l’idée selon laquelle
la chasse peut être envisagée comme
un révélateur des appartenances locales
(Bozon et Chamboredon, 1980), nous souhaitons interroger
le rapport des chasseurs à « la localité ».
L’appréhension de cette dimension de
la pratique cynégétique conduit à approfondir
la question des rapports entre « chasseurs
locaux » et « chasseurs urbains » venant
chasser au sein des territoires ruraux : quels sont
les politiques des sociétés de chasse
en la matière ? Comment les uns et les autres
gèrent-ils cette confrontation?
• L’activité cynégétique
est une des rares pratiques de loisir où se
côtoient différentes classes sociales.
Quels sont les modes de gestion et de négociation
de cette cohabitation ? Travailler sur les rapports
sociaux et sur les phénomènes de domination
internes au monde de la chasse amène d’autre
part à interroger les relations des chasseurs
avec les différentes institutions impliquées
dans la gestion cynégétique : fédérations
de chasse, ONCFS, etc.
Pour répondre à ces objectifs de recherche
le travail d’enquête ethnographique a été privilégié,
en raison de notre volonté constante de ne
pas envisager les représentations et les pratiques
des acteurs de manière décontextualisée.
Les terrains du Pays de la Bassée-Montois
en Seine-et-Marne et du Pays Châtillonnais
en Côte-d’Or ont été choisis
car ils présentent des caractéristiques
cynégétiques comparables (populations
de chasseurs et territoires de chasse) tout en étant
très différents et complémentaires.
Cherchant à saisir les significations que
la pratique cynégétique recouvre pour
les chasseurs, nous travaillons sur la base d’entretiens
longs et d’observations (activités dites « hors
saison » comme sorties de chasse proprement
dites). Souhaitant enquêter sur les modes de
transmission de la pratique, nous essayons de rencontrer
des « lignées » de chasseurs,
et interrogeons, lorsque cela est possible, trois
générations.
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