Qu'elle
soit traitée comme un tabou ou comme un problème
national, l'émigration massive des jeunes
issus de l'ex- « Bloc de l'Est » dans
les emplois non qualifiés de l'ex- « Ouest » représente
l'une des conséquences les plus importantes – et
pourtant largement sous-étudiée – de
l'élargissement. Phénomène d'envergure
européenne, il permet d'appréhender
un certain nombre de transformations sociétales
contemporaines et d'aborder sous un angle différent
la question de la place des jeunes sur le marché du
travail en Europe.
Le vieillissement de la population, la contre-urbanisation
et le développement des activités de
tourisme sont à l'origine d'importantes transformations économiques
et démographiques, en particulier dans les
milieux ruraux et semi-ruraux, dont les dynamiques
migratoires constituent le prolongement. En parallèle,
les évolutions de la stratification sociale
et du marché de l'emploi dans les pays postcommunistes
ont dressé des barrières de plus en
plus hautes sur la route des jeunes vers l'installation
dans l'emploi, en dépit d'une croissance continue
des diplômes. Enfin, la libre-circulation a
pu permettre de développer des pratiques de
mobilité complexes et novatrices.
Dans le fil de ces interrogations, cette thèse
propose de comparer les pratiques migratoires de
deux populations ayant des caractéristiques
similaires : les jeunes Polonais en Grande-Bretagne
et des jeunes Roumains en Espagne, dans un contexte
particulier qui est celui de la libre-circulation
des travailleurs dans l'espace intra-européen.
L'enjeu est de comprendre quels sont les
mécanismes à l'origine
de ces migrations, leurs modes de fonctionnement
ainsi que leurs conséquences sur la « socialisation
transitionnelle » (Chauvel, 2003), l'entrée
dans la vie adulte (Van de Velde, 2008) et les rapports
inter-générationnels de cette jeunesse
en mouvement.
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