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Thibaut
Dubarry

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Allocataire DGA./MRIS

« Les Gangs d’adolescents en île de France et au Cap »
Directeur : Hugues Lagrange

Sujet de la thèse
 

Mon sujet de thèse est issu d’un travail sur le terrain en Afrique du sud, au Cap où j’avais étudié la construction de soi des gangsters dans un township.
Se posent de nombreuses questions au sujet des gangs qui ont été peu ou pas développées par les sociologues sud-africains et français.

Pour cette thèse nous allons nous focaliser plutôt sur ce que l’on appelle les corner kids âgés entre 15 et 25 ans en Île de France et à Bontheuwel. Les deux hypothèses de départ sont d’une part qu’il existe un lien entre le degré de ségrégation et la violence. Des études de Peter Gastrow ont commencé à aborder cette perspective sans la développer et sans introduire de biais comparatif. Il est certain que l’apartheid et la doctrine du « développement séparé » ont abouti au ressentiment des populations. Tandis que la stratégie des gouvernements d’apartheid était de diviser pour mieux régner, un mouvement de prise de conscience des injustices à l’image de Steve Biko s’est mis en place. A l’irénisme de certains s’est pourtant substituée une violence irrépressible qui semble s’être inscrite dans les habitus des sud-africains. Il reste à évaluer l’impact de l’apartheid sur la société sud africaine d’aujourd’hui.
La seconde hypothèse traite du désenchantement du monde à l’échelle d’un gang. Aucune étude n’a été réalisée sur ce sujet jusqu’à présent. Il s’agit de comprendre le rapport au religieux des gangsters. Si durant mon ethnographie, j’en ai rencontré deux lors d’un culte évangélique, la majorité a un rapport ambigu au « croire » et à la religion. J’étudierai ici quelles sont les ambivalences de la relation gang/religion.

Outre les problématiques abordées ci dessus, on verra comment
1. les gangs forment une communauté et une contre société. L’établissement de l’apartheid a entraîné un processus de légitimation de la violence des gangs. En effet, les violences physiques et symboliques que perpétuaient l’ordre de l’apartheid a provoqué la création de contre sociétés dans les townships qui étaient ségrégés. De là, un fort attachement des habitants des Cape Flat à leur territoire qu’ils vont auto administrer : création d’une cour de justice, de patrouilles de vigiles etc …
2. les relations avec la société locale et les processus de régulation et de cohésion sociale. On montrera comment existe-t-il une théodicée de la déviance au sens ou l’entendait Weber pour le bonheur « L'homme heureux- écrivait-il - se contente rarement du fait d'être heureux; il éprouve de surcroît le besoin d'y avoir droit. Il veut aussi être convaincu qu'il « mérite » son bonheur (...) Le bonheur veut être légitime ». On tentera donc d’analyser en quoi la déviance, c’est à dire « tout comportement qui transgresse des normes collectivement établies dans une société donnée ou dans un groupe social donné », tente d’être justifiée. Pour Becker , la déviance n’est pas seulement l’acte d’une personne déviante, mais en même temps la conséquence des réactions des autres personnes à l’acte déviant : « La déviance est une propriété non du comportement lui-même, mais de l’interaction entre la personne qui commet l’acte et celles qui réagissent à cet acte ». Eric Hosbawm et Edward Thompson à travers leur étude des « bandits sociaux », ont dévoilé comment les activités illégales étaient supportées par les communautés paysannes en raison de leur défiance à l’égard des lois qui visaient à protéger les richesses des classes dominantes. « Les bandits sociaux, écrit il, étaient des paysans hors la loi que l’Etat et le seigneur considéraient comme criminels mais que les gens voyaient comme des héros, des champions, des combattants de la justice et de la libération ». Cependant, comme l’a parfaitement montré Hosbawm, le « crime social » n’était pas perpétué par des Robin des bois romantiques. Mais plutôt par des criminels cyniques.
Le crime à la fois souligne et accentue la destruction des communautés et en même temps fournit des ressources pour la survie de celles ci. On se demandera par ailleurs s’il est possible et comment on peut sortir de la déviance.