« La » banlieue.
Ce vocable singulier renvoie à une construction
homogène de la réalité sociale.
Une « minorité des pires » sert à caractériser
de manière métonymique l’ensemble
des populations vivant au-delà du périphérique.
Une problématisation (au sens de Foucault)
unique et unifiante caractérise cet espace
social et urbain : peuplé de « classes
dangereuses » en bas des échelles
sociale et économique. Cela renvoie aux peurs
sociales : qu’il s’agisse de la ceinture
rouge menaçant la capitale ou de l’espace
anomique où prévaut la galère.
Il
faut d’ailleurs aussi interroger le rôle
du champ scientifique dans l’élaboration
des problématisations homogénéisantes :
les grilles de lecture proposées contribuent
aussi à créer, en nommant, la réalité sociale
décrite (lecture en terme de classes sociales
au sens marxiste ou tel que certains auteurs essaient
de les redéfinir actuellement : « creative
class », nouvelles classes moyennes urbaine… ou
lecture en terme d’exclusion). Il faut donc au
préalable s’interroger sur la dimension
heuristique de ces concepts.
C’est
précisément la problématisation
actuelle, tant dans le sens commun que dans
le champ scientifique, que j’entends déconstruire
: sur quoi cela repose ? Quelle réalité sociale
cela crée-t-il ? Cela permettra de voir
la réalité sociale
ainsi occultée qui, j’en fais l’hypothèse,
est bien plus diverse et hétérogène.
Qui sont les populations qui se côtoient en banlieue ?
Populations issues de la « banlieue rouge »,
populations immigrées, précaires, mais
aussi, avec l’extension des structures sociales
et économiques parisiennes vers les communes
de banlieue limitrophes, arrivée d’une
population de gentrifieurs. Mes recherches porteront
donc sur le peuplement de la proche banlieue parisienne
populaire.
Qu’en est-il du vivre-ensemble ? Cela me permettra
de tester le paradigme de la dualisation ou polarisation
de la société, de la fragmentation sociale
et urbaine.
Diversité de « la » banlieue
et évolution contrastée, selon le type
de gentrification, des municipalités élues,
le poids de l’héritage industriel dans
les structures économiques, la proximité avec
Paris… le devenir de la banlieue populaire
est à décliner au pluriel. Entre le
modèle de la banlieue rouge et celui du « ghetto »,
quels modèles sociétaux peut-on voir
se mettre en œuvre ?
Pour répondre à ces questions, je
mènerai conjointement et de manière
complémentaire des approches quantitatives
(analyses factorielles, classifications, analyses
textuelles) et qualitatives (monographie de trois
communes de proche banlieue).
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