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Marie
Bergström

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Bourse Sciences Po
ATER Université de Reims Champagne-Ardenne

« Fréquentation des sites de rencontre en France »

Directeur : Michel Bozon (INED)
Sujet de la thèse
 

La fréquentation des sites de rencontre constitue aujourd’hui une pratique largement répandue en France, notamment chez les jeunes : près d’un tiers des hommes et des femmes de 18 à 24 se sont déjà inscrit sur un tel site (Bajos et Bozon, 2008). Sans pour autant supplanter les lieux de rencontres habituels, ces sites spécialisés dans les rencontres amoureuses et sexuelles forment désormais un territoire constitutif de la « géographie des rencontres » (Bozon et Héran, 2006). Dans notre recherche, nous nous intéressons à la manière dont ces nouveaux espaces en ligne sont susceptibles de changer les logiques de la formation du couple hétérosexuel et le processus de rencontre qui y mène. Plus précisément, le travail s’articule autour de deux axes.

Le volet principal traite la manière dont opèrent des mécanismes homogames lors des rencontres en ligne. Alors que l’organisation sociale des sites en question remet partiellement en cause les facteurs explicatifs habituels de l’homogamie (notamment la structure du marché matrimonial et l’importance des réseaux de sociabilité), la recherche montre que l’homogénéité sociale des partenaires tend à être renforcée lorsque la rencontre a lieu sur Internet. Cette situation paradoxale s’explique notamment par une série de déplacements au niveau des outils dont disposent les acteurs pour situer leurs interlocuteurs. L’entrée par les sites de rencontre débouche sur une approche « à sens inverse » de celle habituellement adoptée dans les études sur ce phénomène qu’est l’homogamie. Plutôt qu’une étude quantitative qui part du constat de couples homogames déjà constitués pour ensuite déduire les causes, notre recherche se base sur une analyse du processus de rencontre et d’interaction qui conduit les acteurs à entrer en relation avec une certaine personne plutôt qu’une autre. Cette approche ouvre la question de recherche pour s’intéresser non seulement au degré d’homogénéité sociale et aux facteurs macrosociologiques mais aussi aux « objets » à travers lesquels s'expriment concrètement les préférences homogames et le sens que ceux-ci revêtent pour les acteurs.

Le deuxième axe concerne des changements qu’introduisent les sites de rencontre dans le domaine de la sexualité. À travers des données de type qualitatif et quantitatif, nos recherches mettent en évidence l’émergence d’un nouveau scénario de rencontres suite à l’usage de ces sites, qui tend à la fois à accélérer et à faciliter l’entrée dans des relations sexuelles passagères. Cela s’explique notamment par le fait que les partenaires en ligne soient recrutés en dehors du cercle de sociabilité, et souvent à l’insu de celui-ci, ce qui conduit à diminuer le contrôle social qu’exerce habituellement l’entourage sur l’entrée et la sortie des relations sexuelles. Cette partie de la recherche concerne ainsi une réflexion plus globale sur comment se développent des « scripts » sexuels et affectifs où s’articulent certains espaces, pratiques et temporalités. L’attention particulière à la manière dont les pratiques sont façonnées par les espaces sociaux dans lesquels elles s’inscrivent nous a aussi conduit à étudier de près l’histoire et « l’architecture » des sites de rencontre francophones.

Dispositif méthodologique

Dans l’objectif de pouvoir comparer les processus de rencontre online et offline, notre recherche est multi-méthodes.
L’étude est principalement fondée sur une cinquantaine d’entretiens biographiques menés avec des utilisateurs et des utilisatrices de sites de rencontre, âgés de 20 à 68 ans et avec des trajectoires sociales différentes. À travers un questionnaire en ligne annoncé sur vingt-six sites francophones, des données de cadrage ont été recueillis concernant la composition sociale et les pratiques des usagers de différents types de sites (généralistes, spécialisés et libertins) (N=8 025). Un inventaire des sites de rencontre francophones (N=1 045) a permis de dresser la carte de ces espaces en ligne et de procéder à une étude ethnographique (analyse de fonctionnalités, design et cadres discursifs) sur un échantillon parmi eux (N=150). Ces données ont été contextualisées par la conduite d’entretiens semi-directifs avec des web-créateurs de différents types de sites de rencontre (N=11). Enfin, des analyses statistiques ont également été effectuées sur la base des membres du site Meetic.fr afin d’étudier tant les propriétés sociales que la présentation de soi des personnes inscrites sur le plus grand site de rencontre français (N=8 millions).