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Stratification sociale et rapport entre générations
Modes de vie, socialisation et déviances
 




Sociologie des employés
(Nouvelle édition)

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Alain
Chenu
Professeur des universités (sociologie) à Sciences Po
Directeur de l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po-CNRS) depuis 2004
Directeur du Centre de données sociopolitiques, CDSP, (Sciences Po-CNRS) depuis 2005
alain.chenu(at)sciences-po.fr Tél. 01 45 49 54 50
 
  Stratification sociale / sociologie des emplois du temps / sociologie des rapports de genre / histoire de la sociologie empirique.
 
Recherches en cours
  Le statut social des célébrités : une sociologie des couvertures de Paris Match
Si les inégalités en matière de revenu ou de formation ont été amplement étudiées, le registre des inégalités d’ordre statutaire – au sens wébérien du terme – qui opposent les personnes célèbres et celles qui ne le sont pas n’a fait l’objet que d’approches partielles. Les apports de deux auteurs sont particulièrement pertinents. Stéphane Czarnowski (Le culte des héros et ses conditions sociales, 1919) a caractérisé le rôle du culte de Saint Patrick dans la formation de la nation irlandaise : les foires saisonnières sont l’occasion de rencontres et de fêtes religieuses au cours desquelles les paysans communient dans la célébration d’un héros qui incarne l’indépendance de leur pays. Andrew Abbott (“Status and Status Strain in the Professions”, AJS, 1981) a opposé les ressorts du prestige charismatique des élites professionnelles aux yeux de leurs pairs (attentifs à la virtuosité dans la maîtrise des aspects ésotériques de l’exercice de la profession) et aux yeux du grand public (sensible à l’inverse à des qualités autres que la virtuosité purement professionnelle). La recherche en cours a pour objet d’identifier les formes et les ressorts du charisme des personnes célèbres en France depuis un demi-siècle. Elle décrit les caractéristiques socio-démographiques des personnes ayant figuré en couverture d’un grand magazine généraliste, Paris Match (2900 numéros de 1949 à 2004) ; l’analyse des situations dans lesquelles les célébrités sont représentées permet de développer une sociologie des formes de l’intégration sociale dans les sociétés de l’information. Parmi les changements sociaux majeurs intervenus depuis 1949 figurent
1. l’éloignement des guerres et le déclin de la gloire militaire,
2. l’accès de la télévision à une position dominante parmi les médias (la presse écrite n’ayant plus qu’un rôle de complément, et des personnalités de la télévision atteignant une très grande célébrité),
3. la redéfinition des rapports entre vie publique et vie privée (les personnes publiques étant de plus en plus nombreuses à donner à voir leur vie privée).
Inversement certains traits se maintiennent durablement :
1. la persistance du prestige de l’Ancien Régime (seules les années immédiatement antérieures et postérieures à 1968 sont marquées par une baisse de l’intérêt pour les princesses et autres aristocrates),
2. le maintien d’un vigoureux contraste entre rôles féminins et masculins,
3. la part constante, en longue période, des catastrophes, des événements et personnalités du sport.
Cette étude est effectuée avec la collaboration de Mireille Clémençon, ingénieur CNRS à l’Observatoire sociologique du changement.

La différenciation sociale des emplois du temps
Les charges de travail les plus lourdes pesaient autrefois sur les professions à bas niveau de qualification. On a assisté à une inversion de ce gradient et ce sont les plus qualifiés qui passent le plus de temps au travail (J. Gershuny, Changing Times, 2000). Au sein de la population active occupée à temps plein, les membres des milieux populaires disposent de plus de loisirs que ceux des classes moyennes, dont le travail est à la fois mieux rémunéré et, souvent, considéré comme plus intéressant. Ces évolutions peuvent être à la source d’une certaine « disqualification sociale » (selon la formule-titre de Serge Paugam) des catégories populaires, faiblement investies dans des travaux dont le rôle au sein de la « société de l’information » est peu valorisé. Il s’agit de prolonger ces travaux en leur donnant une dimension comparative plus affirmée et en articulant l’étude des emplois du temps sur celle de la tolérance aux inégalités et de la légitimité des politiques sociales.